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 A la recherche du temps perdu (série) - Marcel PROUST

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fred
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MessageSujet: A la recherche du temps perdu (série) - Marcel PROUST   Lun 13 Jan - 5:13


4e de couverture : «Et tout d'un coup le souvenir m'est apparu. Ce goût, c'était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin à Combray (parce que ce jour-là je ne sortais pas avant l'heure de la messe), quand j'allais lui dire bonjour dans sa chambre, ma tante Léonie m'offrait après l'avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul. La vue de la petite madeleine ne m'avait rien rappelé avant que je n'y eusse goûté... Mais, quand d'un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l'odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur goutelette presque impalpable, l'édifice immense du souvenir.»

Mon avis : J'ai adoré, j'ai vécu de beaux moments d'émotions, avec l'impression que Proust connaît tout de l'être, de l'essence des choses, autour desquels il développe des pages organiques extraordinaires dans lesquelles j'ai plongé en apnée ! le style, son esthétisme, son extrême sensibilité... tout simplement époustouflant, j'ai été emporté par le flot des mots, des phrases interminables, certes, qui m'ont donné du fil à retordre - comme si j'étais dans une barque luttant contre des flots puissants éprouvant ma concentration et ma force physique - mais tellement incroyables de beauté, de délicatesse, où tout tend vers la vérité cachée, vers la révélation, contenue dans des fleurs, dans des rayons de soleil, dans les lumières du crépuscule ou dans une simple madeleine trempée dans du thé ! Dans la deuxième partie du livre : Un amour de Swann, le narrateur délaisse un temps ses propres souvenirs pour narrer l'histoire de Swann, sa rencontre avec Odette, évoquant les étapes de leur amitié se transformant en amour terminant lui-même en névrose. Je me suis retrouvé dans la psychologie de Swann, dans certains traits de comportements, comme s'il s'agissait presque d'un double de moi. Je l'ai suivi avec intérêt dans son histoire d'amour, dans cette partie où les dialogues et les traits d'esprit, la saveur des personnages présentés, l'humour aussi, sont encore plus présents que dans la première partie intitulée Combray, parce qu'on suit Swann dans les salons mondains, où l'on assiste d'ailleurs à des analyses et des observations philosophiques et artistiques vertigineuses qui semblent provenir du cerveau d'un pur génie capable de lire dans l'esprit des gens qui l'entourent, et jusque qu'à infiltrer sa propre pensée dans les notes de musique elles-même afin d'y découvrir leur sens au-delà du monde matériel. Impressionnant. Je dirais que c'est la plus étonnante, intense et originale découverte littéraire que j'ai faite depuis Céline, avec lequel d'ailleurs j'ai trouvé plein de points communs. Ce sont des évocateurs complètement diaboliques, chacun dans leur genre, des fous furieux du style et de l'expression française, des obsédés du verbe et de l'émotion, de l'impression !
J'ai aimé la dernière partie du livre, où j'ai eu droit à une très belle surprise à la fin, quelque chose que la fin de la deuxième partie ne me laissait pas du tout deviné et qui, je pense, annonce encore de très belles choses à venir, d'autres sujets passionnant à analyser. Hâte de me plonger dans la suite !
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MessageSujet: Re: A la recherche du temps perdu (série) - Marcel PROUST   Mer 19 Fév - 21:06

fred a écrit:

« Tout d'un coup, dans le petit chemin creux, je m'arrêtai touché au cœur par un doux souvenir d'enfance : je venais de reconnaître, aux feuilles découpées et brillantes qui s'avançaient sur le seuil, un buisson d'aubépines défleuries, hélas, depuis la fin du printemps. Autour de moi flottait une atmosphère d'anciens mois de Marie, d'après-midi du dimanche, de croyances, d'erreurs oubliées. J'aurais voulu la saisir. Je m'arrêtai une seconde et Andrée, avec une divination charmante, me laissa causer un instant avec les feuilles de l'arbuste. Je leur demandai des nouvelles des fleurs, ces fleurs de l'aubépine pareilles à de gaies jeunes filles étourdies, coquettes et pieuses. "Ces demoiselles sont parties depuis déjà longtemps", me disaient les feuilles. »

Mon avis : Que c'était rude. Mais j'ai pris du plaisir, surtout dans la deuxième partie du roman qui se situe à Balbec (ville imaginaire de Normandie) et où c'est comme si on y était tant les regards du narrateur sur les choses et les êtres qui l'entourent sont extrêmement profonds. Comme la sensation de tristesse qu'il éprouve le soir de son arrivée à l'hôtel de Balbec, où il se sent perdu dans sa chambre, loin de ses habitudes et de ses repères. Les portraits des personnages sont savoureux (tendres, comiques, mais aussi parfois fastidieux) la relation entre le narrateur et sa grand-mère très touchante, offrant de belles scènes d'intimité. J'ai vraiment eu l'impression de me retrouver dans cette station balnéaire, avec l'omniprésence de l'océan et du ciel bleu, comme unifiés et vaporeux, de la végétation et des falaises. Dans ce contexte, l'atmosphère de l'époque et du monde décrit, ressort du livre comme une buée, avec un Proust obnubilé par ces jeunes filles en fleurs que l'on aperçois toujours de loin sur la plage ou au détour d'un chemin, et que l'on rêve, comme le narrateur, d'approcher enfin, tant elles expriment la beauté et ses nuances, la vie, la gaieté, la passion.
Par contre je dois bien avouer que certaines pages sont d'une maniaquerie excessive, boursouflées, imbuvables. J'ai eu plus de difficultés avec ce tome qu'avec le premier. Il faut s'accrocher pour traverser et sortir, sabre à la main, de cette jungle de phrases touffues.

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MessageSujet: Re: A la recherche du temps perdu (série) - Marcel PROUST   Ven 18 Avr - 22:39


4ème de couverture : « - Monsieur, je vous jure que je n'ai rien dit qui pût vous offenser.
- Et qui vous dit que j'en suis offensé, s'écria M. de Charlus avec fureur en se redressant violemment sur la chaise longue où il était resté jusque-là immobile, cependant que, tandis que se crispaient les blêmes serpents écumeux de sa face, sa voix devenait tour à tour aiguë et grave comme une tempête assourdissante et déchaînée... Pensez-vous qu'il soit à votre portée de m'offenser ? Vous ne savez donc pas à qui vous parlez ? Croyez-vous que la salive envenimée de cinq cents petits bonshommes de vos amis, juchés les uns sur les autres, arriverait à baver seulement jusqu'à mes augustes orteils ? »


Mon avis : Pas grand chose à ajouter par rapport à ce que j'ai déjà écrit sur les deux premiers tomes, le troisième n'est que la continuité de tout ceci, nous suivons le narrateur tout d'abord dans la caserne de son ami l'excellent Robert de Saint-Loup, noble aux idées modernes, dreyfusard, personnage que j'aime beaucoup. Nous rencontrons aussi dans ce tome l'amie de ce dernier, Rachel, avec qui Saint-Loup vit une liaison très tumultueuse. Puis le narrateur nous conduit dans deux salons, d'abord celui de la princesse de Villeparisis, ce qui donne lieu à de nombreuses analyses, observations, des dialogues savoureux, des discussions à la fois frivole et plus sérieuse - on parle de Zola, de Hugo, de Phèdre et Racine, du théâtre, de l'affaire Dreyfus qui secouait la France à l'époque, de peinture, de généalogie, bref, de quantité de sujets - puis enfin dans le salon de la duchesse de Guermantes, femme spirituelle, intelligente, mais aussi parfois très méchante. La combinaison de son charme, de sa spiritualité, et de ses sarcasmes, de sa langue parfois venimeuse, m'a souvent donner envie de la gifler, mais avec le désir de l'attirer aussitôt à soi pour l'embrasser fougueusement ! Eh oui, moi aussi je me fais parfois des films en lisant des livres ! ha ha ha ! Faut dire que ce personnage, la duchesse de Guermantes, qui s'appelle Oriane, est, comme tous les autres d'ailleurs, si parfaitement décrit, Proust la connait dans ses moindres détails -physiques, psychologiques, caractérologiques, intellectuels - qu'on ne peut qu'être irrésistiblement attiré et révulsé ! Albertine aussi me fait cet effet (répulsion en moins bien sûr) découverte dans Les jeunes filles, sur les plages de Balbec, et que l'on retrouve ici quelque peu changée, plus mâture, moins farouche et plus sensuelle, coquine, et dont le narrateur donne une description délicieuse : "Albertine avait une prononciation si charnelle et si douce que, rien qu'en vous parlant, elle semblait vous embrasser. Une parole d'elle était une faveur, et sa conversation vous couvrait de baisers." Ah oui, et puis j'ai adoré et relevé la façon dont Oriane voit Zola à un moment, lors d'une conversation autour de la littérature : "Il a le fumier épique" et plus loin elle le définit comme "le Homère de la Vidange". Franchement c'est très drôle, bien trouvé et on ne peut plus approprié, car les notes à la fin du livre concernant ces passages m'ont appris plein de choses sur la façon dont la critique voyait Zola à l'époque, et elle n'était pas tendre du tout avec ses romans ! Les critiques l'accusaient de tailler ses livres dans l'excrément, ou encore d'avoir la manie de montrer ce que personne n'avait envie de regarder. Le dossier à la fin du livre est d'une très grande richesse même si je ne m'y suis pas référé à chaque fois.
Vivement la suite. Ce tourbillon de phrases me fait souvent perdre la boussole, mais bon, je dois bien dire que lire Proust me passionne. Ce défi est vraiment excitant !
Tu n'auras pas ma peau sacré cinglé de Marcel ! non ! C'est moi qui t'aurai !  
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MessageSujet: Re: A la recherche du temps perdu (série) - Marcel PROUST   Sam 19 Avr - 9:13

Je ne suis vraiment pas tentée par Proust... je vais me contenter de lire tes chroniques Laughing

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MessageSujet: Re: A la recherche du temps perdu (série) - Marcel PROUST   Sam 19 Avr - 16:01

C'est un monde, faut vouloir y entrer c'est sûr. C'est une question de volonté et de motivation. Et puis il faut être soi-même à la recherche de quelque chose pour s'attaquer à ce genre d'oeuvre. Si l'on recherche que des romans à intrigues de format traditionnel, simples et efficaces, mieux vaut éviter Proust c'est certain.  ;)
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MessageSujet: Re: A la recherche du temps perdu (série) - Marcel PROUST   Sam 19 Avr - 16:20

Oui voilà Smile La vie réelle est déjà bien compliquée pour que je me prenne la tête dans mes lectures^^ mais ça c'est un choix, c'est vrai ;)

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MessageSujet: Re: A la recherche du temps perdu (série) - Marcel PROUST   Sam 14 Juin - 1:11


Mon avis : Les choses évoluent, les personnages se découvrent de plus en plus, révèlent de nouvelles facettes de leur personnalité, les passions se déchaînent (gentiment… ), et Proust continu son étude du Monde, des sentiments, de la beauté, de l’art, de la nature, de l’amour, des rapports entre aristocrates, bourgeois, serviteurs, avec ici la question de l’inversion (l’homosexualité, dont l’étude est subtile, très intelligente, drôle et non complaisante – on est loin du grotesque et de la vulgarité de notre époque) bref, tout cela serait trop long à développer dans un commentaire, cette oeuvre est juste incroyable, la Recherche est un roman-univers difficile à décrire, il faut le lire pour comprendre. J’ai encore souffert avec certaines pages, d’autres m’ont ébloui, élevé très haut, je ne pensais pas me retrouver autant dans l’oeuvre de Proust, c’est parfois très dérangeant et en même temps rassurant, surtout lorsqu’il décortique les névroses des uns et des autres. On se dit que son cas à soi n’est finalement pas si désespéré. Bon. Et puis aussi, c’est incroyable de lire un livre où tout est original : le style, les analyses, le déroulement du récit, entre présent (celui du narrateur bien sûr) et passé, d’une maîtrise hallucinante – à la fois très fluide, très coulant, et à d’autres moments tarabiscoté (mais tellement, d’ailleurs, que j’ai défoncé le livre sur mon bureau à un moment – tu m’excuseras Marcel, mais y’a des moments quand même t’exagères !  ) où l’absence de clichés est total (parce que les phrases sont uniques et ne ressemblent en rien aux phrases toutes faites des livres d’aujourd’hui, sans saveur et usées jusqu’à la corde) où le vocabulaire est riche, la culture partout (tout ce que j’ai appris sur l’étymologie des noms des villes Normandes !) où tous les sujets sont abordés intelligemment, ou tout semble neuf, nouveau, original. C’est ça qui est terrible. En lisant Proust, j’ai l’impression de toucher bien plus à la vérité du monde qu’en lisant un roman quelconque du 21e siècle. Plus je lis les vieilles œuvres, plus les modernes me paraissent fadasses, ennuyantes. Et puis le retour du narrateur à Balbec (ville côtière fictive de Normandie), dans ce tome, m’a complètement, mais alors, dépaysé et fait du bien ! J’ai l’impression d’y avoir été, et maintenant que j’ai refermé le livre, de ne pas en avoir assez profité ! c’est terrible ! avec ces moments où les fiacres viennent chercher les invités dans une petite gare au bout d’un chemin de fer, et prennent des sentiers dans la nuit pour arriver au domaine de La Raspelière, avec la rumeur de l’océan juste en bas des falaises, les vagues venant les cogner. Faut dire que j’en ai fait des balades sur les côtes normandes et dans les terres, alors forcément, ça a joué. En tous cas, Balbec est un des plus beaux endroits que j’ai découvert dans la littérature.

La suite bientôt.  ;)
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MessageSujet: Re: A la recherche du temps perdu (série) - Marcel PROUST   Ven 19 Sep - 1:48


Avis : La continuité. Ce volume est presque un traité de l’amour et de la jalousie, le narrateur se penche particulièrement sur son histoire et sa relation avec Albertine qui n’est pas sans rappeler celle de Swann et d’Odette, dans le premier volume, une relation à la fois douce et tendre, voluptueuse, artistique, mais aussi mensongère, douloureuse, sous couvert de névroses et d’angoisses. Certaines pages sont à couper le souffle, celles par exemple où Marcel regarde Albertine dormir.

"En fermant les yeux, en perdant la conscience, Albertine avait dépouillé, l’un après l’autre, ses différents caractères d’humanité qui m’avaient déçu depuis le jour où j’avais fait sa connaissance. Elle n’était plus animée que de la vie inconsciente des végétaux, des arbres, vie plus différente de la mienne, plus étrange, et qui cependant m’appartenait davantage. Son moi ne s’échappait pas à tous moments, comme quand nous causions, par les issues de la pensée inavouée et du regard. Elle avait rappelé à soi tout ce qui d’elle était au dehors ; elle s’était réfugiée, enclose, résumée, dans son corps. En le tenant sous mon regard, dans mes mains, j’avais cette impression de la posséder tout entière que je n’avais pas quand elle était réveillée. Sa vie m’était soumise, exhalait vers moi son léger souffle.

J'écoutais cette murmurante émanation mystérieuse, douce comme un zéphir marin, féerique comme ce clair de lune, qu'était son sommeil. Tant qu'il persistait, je pouvais rêver à elle, et pourtant la regarder, et quand ce sommeil devenait plus profond, la toucher, l'embrasser. Ce que j'éprouvais alors, c'était un amour devant quelque chose d'aussi pur, d'aussi immatériel dans sa sensibilité, d'aussi mystérieux que si j'avais été devant les créatures inanimées que sont les beautés de la nature. Et, en effet, dès qu'elle dormait un peu profondément, elle cessait seulement d'être la plante qu'elle avait été ; son sommeil, au bord duquel je rêvais, avec une fraîche volupté dont je ne me fusse jamais lassé et que j'eusse pu goûter indéfiniment, c'était pour moi tout un paysage. Son sommeil mettait à mes côtés quelque chose d'aussi calme, d'aussi sensuellement délicieux que ces nuits de pleine lune dans la baie de Balbec devenue douce comme un lac, où les branches bougent à peine, où, étendu sur le sable, l'on écouterait sans fin se briser le reflux."


Plus que deux tomes. Prochaine étape : Albertine disparue.
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Mélusine
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MessageSujet: Re: A la recherche du temps perdu (série) - Marcel PROUST   Ven 3 Oct - 21:07

fred a écrit:

Mon avis : Les choses évoluent, les personnages se découvrent de plus en plus, révèlent de nouvelles facettes de leur personnalité, les passions se déchaînent (gentiment… ), et Proust continu son étude du Monde, des sentiments, de la beauté, de l’art, de la nature, de l’amour, des rapports entre aristocrates, bourgeois, serviteurs, avec ici la question de l’inversion (l’homosexualité, dont l’étude est subtile, très intelligente, drôle et non complaisante – on est loin du grotesque et de la vulgarité de notre époque) bref, tout cela serait trop long à développer dans un commentaire, cette oeuvre est juste incroyable, la Recherche est un roman-univers difficile à décrire, il faut le lire pour comprendre. J’ai encore souffert avec certaines pages, d’autres m’ont ébloui, élevé très haut, je ne pensais pas me retrouver autant dans l’oeuvre de Proust, c’est parfois très dérangeant et en même temps rassurant, surtout lorsqu’il décortique les névroses des uns et des autres. On se dit que son cas à soi n’est finalement pas si désespéré. Bon. Et puis aussi, c’est incroyable de lire un livre où tout est original : le style, les analyses, le déroulement du récit, entre présent (celui du narrateur bien sûr) et passé, d’une maîtrise hallucinante – à la fois très fluide, très coulant, et à d’autres moments tarabiscoté (mais tellement, d’ailleurs, que j’ai défoncé le livre sur mon bureau à un moment – tu m’excuseras Marcel, mais y’a des moments quand même t’exagères !  ) où l’absence de clichés est total (parce que les phrases sont uniques et ne ressemblent en rien aux phrases toutes faites des livres d’aujourd’hui, sans saveur et usées jusqu’à la corde) où le vocabulaire est riche, la culture partout (tout ce que j’ai appris sur l’étymologie des noms des villes Normandes !) où tous les sujets sont abordés intelligemment, ou tout semble neuf, nouveau, original. C’est ça qui est terrible. En lisant Proust, j’ai l’impression de toucher bien plus à la vérité du monde qu’en lisant un roman quelconque du 21e siècle. Plus je lis les vieilles œuvres, plus les modernes me paraissent fadasses, ennuyantes. Et puis le retour du narrateur à Balbec (ville côtière fictive de Normandie), dans ce tome, m’a complètement, mais alors, dépaysé et fait du bien ! J’ai l’impression d’y avoir été, et maintenant que j’ai refermé le livre, de ne pas en avoir assez profité ! c’est terrible ! avec ces moments où les fiacres viennent chercher les invités dans une petite gare au bout d’un chemin de fer, et prennent des sentiers dans la nuit pour arriver au domaine de La Raspelière, avec la rumeur de l’océan juste en bas des falaises, les vagues venant les cogner. Faut dire que j’en ai fait des balades sur les côtes normandes et dans les terres, alors forcément, ça a joué. En tous cas, Balbec est un des plus beaux endroits que j’ai découvert dans la littérature.

La suite bientôt.  ;)
Je crois qu'on m'en a déjà parlé de cette ville de Balbec et que sa description était époustouflante de réalisme, comme si on y avait déjà mis les pieds ! Peut être qu'un jour, quand j'aurais le courage, je m'y mettrais...
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MessageSujet: Re: A la recherche du temps perdu (série) - Marcel PROUST   Jeu 23 Oct - 2:24


Avis : Conclusion de l'histoire entre le narrateur et Albertine, tragique, guérison longue et douloureuse, voyage à Venise avec sa mère, voyage dont il rêvait depuis l'adolescence, des révélations et des éclaircissements vers la fin de cette 6e partie concernant certains détails du passé, des évolutions concernant la vie et les mœurs de certains personnages, tout ceci évoqué avec les qualités (et les défauts : quand il devient impossible de sortir de la phrase) dont j'ai déjà parlé dans mes commentaires précédents.

Une des nombreuses phrases que j'ai aimées : "Car il y a dans ce monde où tout s'use, où tout périt, une chose qui tombe en ruine, qui se détruit encore plus complètement, en laissant encore moins de vestiges que la beauté : c'est le chagrin."

Plus qu'un tome. study
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MessageSujet: Re: A la recherche du temps perdu (série) - Marcel PROUST   Mer 3 Déc - 20:07


J'y suis arrivé.



Dernier tome, dont la première partie se déroule durant la Grande Guerre, à l'arrière ; déchéance des uns, montée des autres, transformation des êtres par le temps, considérations du narrateur sur le Temps, sur son œuvre et son objectif : recréer les impressions par la mémoire et analyser chacune de ces impressions. Ces impressions qui naissent lorsque vous reconnaissez un parfum, par exemple. Votre ancien moi qui a autrefois senti ce parfum revient alors à la surface de votre être, et la sensation que l'on éprouve à cet instant est la réalité, la vraie, extra-temporelle, celle qui prouve que nous avons vécus, celle qui agit véritablement en nous et recrée tout un monde enseveli, celle qui nous sort du quotidien et de ses habitudes, cette sensation est tellement douce que même la mort devient étrangère et beaucoup moins effrayante à ce moment-là. Bref, une œuvre colossale, magnifiquement développée, une œuvre de génie extraordinaire, à côté de laquelle je ne pouvais pas passer. Ça me paraît tellement évident maintenant que je l'ai terminée. Je n'ai qu'un grand merci à dire à Marcel Proust et je salue bien bas sa mémoire.

Des extraits.

Mais pour en revenir à moi-même, je pensais plus modestement à mon livre, et ce serait même inexact de dire en pensant à ceux qui me liraient, à mes lecteurs. Car ils ne seraient pas, selon moi, mes lecteurs, mais les propres lecteurs d'eux-mêmes, mon livre n'étant qu'une sorte de ces verres grossissants comme ceux que tendait à un acheteur l'opticien de Combray ; mon livre, grâce auquel je leur fournirais le moyen de lire en eux-mêmes. De sorte que je ne leur demanderais pas de me louer ou de me dénigrer, mais seulement de me dire si c'est bien cela, si les mots qu'ils lisent en eux-mêmes sont bien ceux que j'ai écrits.

L'esprit a ses paysages dont la contemplation ne lui est laissée qu'un temps. J'avais vécu comme un peintre montant un chemin qui surplombe un lac dont un rideau de rochers et d'arbres lui cache la vue. Par une brèche il l'aperçoit, il l'a tout entier devant lui, il prend ses pinceaux. Mais déjà vient la nuit où l'on ne peut plus peindre, et sur laquelle le jour ne se relèvera pas.

Si l'idée de la mort dans ce temps-là m'avait, on l'a vu, assombri l'amour, depuis longtemps déjà le souvenir de l'amour m'aidait à ne pas craindre la mort. Car je comprenais que mourir n'était pas quelque chose de nouveau, mais qu'au contraire depuis mon enfance j'étais déjà mort bien des fois.

La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent pleinement vécue, c'est la littérature. Cette vie qui, en un sens, habite à chaque instant chez tous les hommes aussi bien que chez l'artiste. Mais ils ne la voient pas, parce qu'ils ne cherchent pas à l'éclaircir. Et ainsi leur passé est encombré d'innombrables clichés qui restent inutiles parce que l'intelligence ne les a pas "développés". Notre vie ; et aussi la vie des autres ; car le style, pour l'écrivain aussi bien que la couleur pour le peintre est une question non de technique mais de vision. Il est la révélation, qui serait impossible par des moyens directs et conscients, de la différence qualitative qu'il y a dans la façon dont nous apparaît le monde, différence qui, s'il n'y avait pas l'art, resterait le secret éternel de chacun. Par l'art seulement nous pouvons sortir de nous, savoir ce que voit un autre de cet univers qui n'est pas le même que le nôtre et dont les paysages nous seraient restés aussi inconnus que ceux qu'il peut y avoir dans la lune.

Alors, Proust et Céline plus grands écrivains du XXe siècle ? Sans aucun doute. La question n’est pas de savoir, lorsque l’on parle de l’oeuvre de l’un et de l’autre, si c’est « bien », si cela « plaît », tient en haleine, diverti, etc. Il y a des romanciers pour cela, romanciers par excellence, des tisseurs d’intrigues de grand talent, des conteurs. Proust et Céline sont écrivains, et il y a une nuance à mon avis entre le romancier et l’écrivain : le premier se contente de raconter une histoire, « prisonnier » de l’intrigue et du format, du rythme imposé par celui-ci, le second évoque, digresse à volonté pour faire part de sa vision du monde et des hommes, tisse un monde gigantesque à partir de sa propre vie, transposée dans son oeuvre dont il est le héro imaginaire, narrant toute son oeuvre à la première personne ; cela lui donne de l'homogénéité mais aussi un côté hermétique. Avec ce genre d’écrivain (Proust, Céline) la barque qui conduit d’une rive à l’autre n’est pas celle de l’intrigue, mais celle de la vie. Avec eux, c’est la vie qui est la ligne conductrice, faisant naître de petites intrigues, et non l’intrigue qui tisse un peu de vie, fait naître des personnages soumis aux mécanismes de l’intrigue. L’un déconstruit le roman (Proust) l’autre le dynamite, réinvente le langage en littérature, le libère de son carcan académique (Céline)… par la forme, par ce qu’elles expriment, ce qu’elles cherchent à obtenir comme effet, par leur créativité, leur non-conformisme, pour ce qu’elles représentent dans le contexte où elles naissent, et dans l’histoire de la littérature du XXe siècle qu’elles dominent, l’oeuvre de Proust et l’oeuvre de Céline sont sans doute les plus originales, les plus expressives, les plus distinguées, chacune dans leur genre.



"Je suis allé le voir sur son lit de mort rue Hamelin ... un homme qui donnait vraiment l'impression d'un dépouillement total ... on peut dire que c'était ce qui restait de quelqu'un qui avait laissé son oeuvre le dévorer  jour après jour". - François MAURIAC
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MessageSujet: Re: A la recherche du temps perdu (série) - Marcel PROUST   Jeu 4 Déc - 21:05

Félicitations !! cheers

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MessageSujet: Re: A la recherche du temps perdu (série) - Marcel PROUST   Aujourd'hui à 8:07

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