AccueilCalendrierFAQRechercherS'enregistrerConnexion

Partagez | 
 

 Louis-Ferdinand CÉLINE - Rigodon

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
fred
Myron Bolitar
Myron Bolitar
avatar

Messages : 1394
Date d'inscription : 07/10/2009

MessageSujet: Louis-Ferdinand CÉLINE - Rigodon   Mar 6 Nov - 16:37


Meudon, 1960 : Céline évoque les visites incessantes des journalistes venus l'interviewer, sa brouille avec Robert Poulet, René Barjavel qui prit sa défense. Quelques souvenirs de l'écrivain chroniqueur le mènent en Allemagne, en 1944, à Rostock, où il décide avec Lili de se rendre à Warnemünde. Dans l'impossibilité de prendre le bateau, ils retournent à Moorsburg, accompagnés de Le Vigan. Le docteur Harras les fait conduire à Sigmaringen.

Les réfugiés prennent le train, passent d'abord par Leipzig. Un bébé abandonné se trouve dans le compartiment du train. Le Vigan, descendu à la gare d'Ulm, disparaît bientôt. Le train repart pour Sigmaringen. Une fois arrivés, Raumnitz annonce à Ferdinand et Lili qu'ils doivent repartir avec Restif. Le Vigan a, lui, obtenu la permission de passer en Italie, mais le comédien les a abandonnés. Nouveau départ pour Oddort, où la gare est bombardée. Céline et Lili longent la voie de chemin de fer à pied jusqu'à Hanovre. Céline reçoit une brique sur la tête, perd connaissance. Quand il revient à lui, il est temps de s'engager en direction de Lünebourg.

Bref interméde à Meudon, où Roger Nimier rend visite à Céline.

Rencontre d'Odile Pomaré qui a en charge un groupe d'enfants handicapés mentaux. La ville d'Hambourg a été dévastée par les bombes. Bébert déniche sous les décombres les restes d'une épicerie engloutie, ce qui permet de trouver à manger pour les enfants. Céline et Lili prennent le train avec les enfants pour gagner le nord. Ils attendent à Flensbourg, rencontrent un officier de la Croix Rouge suédoise qui les aide à passer la frontière et prend en charge les enfants. Arrivée à Korsör puis à Copenhague.


Mon avis : Je pensais que Nord était le roman de l'apocalypse, mais il n'était qu'une mise en bouche. C'est Rigodon qui l'est, en fait. Dans ce roman, tout n'est que désolation, il n'y a plus rien. Nous allons de gare en gare, de train en train, de fuite en fuite. Nous rencontrons de temps à autres des personnages, croisant la route des protagonistes, puis disparaissant : Restif le commando, que l'on croisait déjà dans D'un château l'autre , le vieil italien Felipe à la recherche de "soun patroun" ou encore cette bande d'enfants perdus et handicapés, que Céline, derrière son aspect bougon, ses mots durs, décrit avec beaucoup de tendresse : "Je les vois là plus bas plein les cailloux... ils ne vont pas plus loin... ah les petits crétins !... les voici, pas d'erreurs, pas exagéré, tous bancalots, grosses têtes pendantes, des quatre à dix ans, à peu près... Quasimodo bambins baveux [...] A vrai dire, ces mômes si débiles, bulleux, baveux, ne pouvaient rien nous demander... on voyait, il faisait l'effort qu'on les comprenne, c'était tout... y'aurait plus d'abattoirs possibles si les fonctionnaires préposés regardaient les yeux des anormaux..."
Les découvertes des villes en ruines sont macabres : "Harras m'avait dit : ils arrosent tout au phosphore... il ne reste rien... évidemment !... ah tous les mômes s'agglomèrent autour de quelque chose... c'est plus un pied ce sont des corps entiers dans la glu... du bitume a fait glu dessus et autour... gras enduit noir... ah, oui !... un homme, une femme et un enfant... l'enfant au milieu... ils se tiennent encore par la main... et un petit chien à côté... c'est un enseignement... des gens qui devaient se sauver, le phosphore a mis le feu au bitume, ils ont été pris en famille, recouverts étouffés en bloc". Plus loin : "Ah je le revois !... là !... le cadavre... je dirais un mort de cinq à six jours... il fait froid, il a pas beaucoup fermenté, tout de même il sent... je m'approche, c'est un commerçant à sa caisse... assis... la tête, le buste croulés en avant [...] de quoi il est mort ?... oh, d'un éclat ! les boyaux lui sortent par une plaie d'à peu près la hanche au nombril... éventré, en somme... les intestins et l'épiploon sur les genoux". Il y a aussi ce moment qui m'a marqué, où il est question que les allemands détruisent les dernières gares en service, alors qu'elles sont encore pleine de réfugiés, de gens en fuite. Un des allemands, après l'anéantissement de la gare, ramasse des douilles et tout ce qu'il peut trouver aux alentours du lieu de destructions, et rencontre Céline et Lili, qui ont pu fuir avant le carnage, et chose étonnante, il partage avec eux quelques carrés de chocolat aux noisettes, et offre de la mie de pain au chat Bébert, avant de les laisser reprendre la route. Comme quoi les hommes ne font qu'accomplir la volonté des élites qui les envoient au casse-pipe, dressés pour tuer leur prochain, alors qu'en réalité, ils n'ont aucune raison, eux, de s'entre-tuer, la preuve, ces instants de partage et de compréhension, qui interviennent après un carnage ! toute l'absurdité des guerres est là !
Un très grand roman, plein de noirceur et d'humour désabusé - comme si à travers les larmes, vous ne pouviez pas vous empêcher de rire, grâce à de tout petits éclats de lumière comme Céline sait si bien vous les montrer - et de grandes vérités : "Ils étaient semblables des deux bords [...] vous voyez si je suis impartial, vraiment historique... qu'ils étaient aussi sadiques par çi, que par là... le rigodon qu'est tout ! [...] le petit détail qui me froisse un peu, c'est la galanterie... ç'aurait été là par exemple qu'Hitler gagnant, il s'en est fallu d'un poil, vous verriez je vous le dis l'heure actuelle qu'ils auraient tous été pour lui... à qui qu'aurait pendu le plus de juifs, qui qu'aurait été le plus nazi... sorti la boyasse à Churchill, promené le coeur arraché de Roosevelt, fait le plus l'amour avec Goering... ça tourne d'un côté, d'un autre, ils se précipitent, s'en foutent sur quel membre ils tombent, le principal qu'ils soient mis à fond... oh qu'ils prennent la petite à Adolf, je vous dis, s'en est fallu d'un poil !..."
Voilà, c'était émouvant d'arriver à la fin du roman et de me dire qu'il est décédé quelques heures après avoir terminé Rigodon, sans avoir eu le temps de le recopier au propre, ni même de le retravailler. On ressent d'ailleurs une certaine précipitation vers la fin du roman, dans lequel il rappelle souvent qu'il sent son heure arriver. Le but de Céline était de rendre les autres illisibles, ce qui peut prêter à sourire quand on sait que c'est lui, que tout le monde trouvait illisible. Mais je crois qu'il y est parvenu, car en effet, je n'ai plus l'impression d'être "dans le vrai" lorsque je reviens à la forme classique de la littérature. L'impression de voir toutes les ficelles, de voir tous les rouages, de lire une histoire au ronron rassurant... tandis qu'avec Céline, tout a disparu, rien n'est visible, vous ne savez jamais à quoi vous attendre, vous êtes sur le qui vive avec lui, vous êtes dans l'instantané, dans le temps qui passe, dans la vie même ! Voilà... c'était vraiment quelque chose.
Revenir en haut Aller en bas
 
Louis-Ferdinand CÉLINE - Rigodon
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Louis-Ferdinand CÉLINE - L'Église
» Une merveille - Lettre à gaston Gallimard de Louis-Ferdinand Céline...
» Louis-Ferdinand CÉLINE - Rigodon
» CÉLINE Louis-Ferdinand
» Louis-Ferdinand CÉLINE - Casse-pipe

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Marque ta page ! :: La Bibliothèque :: Auteurs francophones :: C-
Sauter vers: