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 Louis-Ferdinand CÉLINE - Casse-pipe

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fred
Myron Bolitar
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MessageSujet: Louis-Ferdinand CÉLINE - Casse-pipe   Sam 4 Aoû - 22:32


Publié pour la première fois en 1952, Casse-pipe raconte la première nuit en caserne de Ferdinand, au 17e régiment de cuirassiers à Rambouillet. Il découvre rapidement des soldats ivrognes qui discutent de leur vie militaire, chargée de règles et de discipline. Ferdinand le bleu subit les insultes et les humiliations. Les personnages sont dignes de toutes les infanteries du monde, parce qu'ils ont perdu toute dignité humaine en endossant celle du soldat.

Mon avis : Un tout petit roman, qui me fait d'avantage penser à une nouvelle, ou un petit récit autobiographique. Une compagnie doit assurer la relève à la poudrière et vérifier que tout se passe bien aux écuries. Ils partent de nuit sous un déluge, le froid et l'humidité, quand l'un des hommes se rend compte qu'il a complètement oublié le mot de passe qui doit annoncer l'arrivée de la relève. Enfin bref je ne m'étendrais pas, j'ai bien aimé, la forme n'a bien évidemment rien à voir avec les pavés que sont le Voyage et autre Mort à crédit, mais on est toujours dans le ressenti du moment présent, de l'observation, avec des descriptions palpables et des dialogues au vocabulaire pittoresque, pas de grands aphorismes ici ni autres réflexions profondes sur l’existence. L'histoire est trop drôle, mais ses conditions épouvantables. A un moment ils sont dans un trou, et le type (l'Arcille) responsable des écuries doit enlever tout le fumier fumant qui se trouve partout sur les litières, et jette tout en tas à côté des hommes dans le trou en question.

Extraits 1 : "Le crottin autour de nous de plus en plus culminait. Ça se collait bien avec l'urine, ça faisait des remblais solides, des épaisses croûtes bien compacts. Ça déboulinait seulement quand l'Arcille en rapportait. Ça croulait alors sur nous, dans l'intérieur, dans les fissures, ça comblait tout peu à peu. L'Arcille à chaque navette de crottes il venait nous remonter le moral. Mais j'avais trop de mal à tenir, à pas périr d'étouffement pour bien écouter ses paroles. Je butais dans le fond de l'entonnoir, sous l'amas des viandes entravées, boudinées, malades, souquées dans les épaisseurs, les manteaux humides fumants, tenaillé entre les fourreaux, les crosses, les objets inconnus. Une grosse coquille à cinq branches me raclait le revers de la tête, me faisait loucher de douleur. Ça devenait tocard comme gîte... Ils pétaient à tire-boyaux les ratatinés, en plein dans le tas, tant que ça pouvait, des vraies rafales bombardières à plus entendre même l'écurie."

Extraits 2 : "Le Moël, un des nôtres, et l'Arcille, ils sont repartis tourbillonner au fond de l'écurie, au revers des bat-flanc, à la chasse au crottes. Tout au bout là-bas des ténèbres, dans la buée, ils s'agitaient. Il piquait la nuit avec leurs falots, on aurait dit des papillons. Ils avaient des ailes de lumière. Ils revenaient de-ci, de-là. C'était féerique, leurs ébats... comme des passages de feux follets à trembloter d'une ombre à l'autre."

Un dernier petit extrait. Celui-là m'a fait exploser de rire, d'un seul coup comme ça, je m'y attendais pas du tout , j'ai eu la scène devant mes yeux ! Laughing

"Le mien d'ancien, Le Croach Yves, il avait pas son pareil question d’asphyxie. Ils existaient pas les autres à côté de lui comme pétomanes. Il stupéfiait. Fallait voir ce qu'il amenait comme loufes à volonté, comme rafales de gaz fantastiques.
Au pansage qui durait des heures, ça l'environnait comme d'un nuage. Personne pouvait l’approcher, même son gaye* qu'en était malade, qui retroussait drôlement les babines, qui reniflait affreux. Fallait se tenir à distance : quinze pas au moins. Il était reconnu comme champion. "Haricot" qu'ils l'appelaient les autres en plaisanterie. Y'avait pas que l'odeur disgracieuse chez lui, sa figure aussi rebutait, une vraiment laide, rébarbative, des mâchoires d'une épaisseur, larges, remplies, renflées, mastocs comme des bêches et puis sur le rebord des grandes croûtes, des pustules qu'il écorchait vif (...)"


*Gaye est un terme argotique, c'est un cheval.

EDIT : La fin du livre contient aussi le Carnet du Cuirassier Destouches. Sorte de petit journal intime que Céline a tenu entre novembre et décembre 1913, après avoir été incorporé pour trois ans au 12e Cuirassiers en garnison à Rambouillet. Et c'est étonnant de voir ce qu'il écrivait déjà à l'âge de 19 ans et quelles étaient ses réflexions. La fin du petit journal est incroyable, car il fait une sorte de prédiction, je cite : "... si je traverse de grandes crises que la vie me réserve peut-être je serai moins malheureux qu'un autre car je veux connaître et savoir en un mot je suis orgueilleux est-ce un défaut je ne le crois pas et il me créera des déboires ou peut-être la Réussite."
Le génie lui a apporté la réussite, mais aussi la malédiction. Comme ça c'est clair.


Dernière édition par fred le Sam 4 Aoû - 23:44, édité 1 fois
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Mélusine
Roland
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MessageSujet: Re: Louis-Ferdinand CÉLINE - Casse-pipe   Sam 4 Aoû - 22:41

Le dernier extrait est effectivement charmant. Il a tout pour lui ce monsieur Laughing
Moi qui a peur de lire du Céline, peut-être que celui là me conviendrait mieux, histoire de m'habituer avec le style de l'auteur.
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fred
Myron Bolitar
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MessageSujet: Re: Louis-Ferdinand CÉLINE - Casse-pipe   Sam 4 Aoû - 23:02

Pour le coup oui, tu peux te lancer dans celui-là, ça se lit comme une nouvelle. Mais les termes argotiques n'aident pas toujours à comprendre. Par contre, après les monuments que sont les autres romans que j'ai lu jusqu'à présent, pour moi Casse-pipe c'est vraiment un amuse-gueule, une sorte de parenthèse et même un retour à la "normal", un peu plus traditionnel sur le plan littéraire. Pour se rendre vraiment compte du monstre qu'est Céline, c'est vraiment avec le voyage qu'il faut débuter. Casse-pipe n'est pas la meilleure approche pour aborder le génie. Casse-pipe c'est une braise. C'est pas le feu ardent. Mais, pourquoi pas ! ;)
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Mélusine
Roland
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MessageSujet: Re: Louis-Ferdinand CÉLINE - Casse-pipe   Sam 8 Fév - 21:47

Eh bien en me relisant, je me dis que finalement, j'ai bien fait de ne pas commencer par celui-là car je l'ai trouvé quand même assez difficile à lire avec des termes argotiques dans tous les sens et des phrases complètements éclatées...
Ce qui est marrant chez Céline, c'est la présence constante de la crasse et de la crotte (là, c'est une accumulation fantastique de bouse) dans ses écrits. J'ai l'impression que ce livre est un condensé de ce que fait Céline.
Même s'il n'est pas au même niveau que ces précédentes œuvres, j'ai bien aimé la façon que Céline décrit la vie des engagés. Elle est pitoyable. Elle est montrée sous son aspect le plus cru, le plus sale, le plus immonde. Le ton est d'ailleurs lancé dès le début :

"L'ordre de route je l'avais dans la main... L'heure était dessus, écrite. Le factionnaire de guérite il avait poussé lui-même le portillon avec sa crosse. Il avait prévenu l'intérieur - Brigadier ! C'est l'engagé ! - Qu'il entre ce con là !"

Certains passages sont hilarants comme l'a souligné Fred (encore faut-il être réceptif à ce genre d'humour, moi j'y suis complètement).
D'autres sont magnifiques, surtout quand Céline parle des chevaux qui les frôlent dans la nuit. On y perçoit bien le respect et la terreur qu'inspire cet animal à Céline. On dirait des animaux tout droit sortis à la fois de l'Enfer et du Paradis. Ils paraissent à certains moments, irréels !

Un extrait que j'ai adoré (je crois qu'on ne peut pas parler de Céline sans y mettre un seul foutu passage) :

Encore un cheval qui débouche au triple galop... Il fonce... il nous double ventre à terre... Un bolide... Tagadam ! Tagadam ! Tout blanc qu'il était celui -ci... à folle cadence poulopant... la queue toute raide, en comète, toute solide à la vitesse... Il a presque emporté le falot... soufflé au passage... Tagadam ! Tagadam ! Et que je te redouble...

Le petit plus : le Carnet du Cuirassier Destouches (quelque peu prophétique en effet...) à la fin du livre qui nous montre un Céline touchant, un Céline encore tout jeune, complètement dépassé par la guerre, en pleine désillusion.
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