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 Louis-Ferdinand CÉLINE - Guignol's Band I & II

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fred
Myron Bolitar
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MessageSujet: Louis-Ferdinand CÉLINE - Guignol's Band I & II   Jeu 28 Juin - 11:52


GUIGNOL'S BAND I

« On est parti dans la vie avec les conseils des parents. Ils n'ont pas tenu devant l'existence. On est tombé dans les salades qu'étaient plus affreuses l'une que l'autre. On est sorti comme on a pu de ces conflagrations funestes, plutôt de traviole, tout crabe baveux, à reculons, pattes en moins. On s'est bien marré quelques fois, faut être juste, même avec la merde, mais toujours en proie d'inquiétudes que les vacheries recommenceraient... Et toujours elles ont recommencé... Rappelons-nous ! »

Mon avis : Un Céline un peu moins glauque, plus ou moins apaisé, souvent nostalgique, comme dans ce passage où il regarde les enfants s'amuser dans les jours rarement ensoleillés de Londres : "Je me souviens tout comme hier de leurs malices… de leurs espiègles farandoles le long de ces rues de détresse en ces jours de peine et de faim. Grâce soit de leur souvenir ! Frimousses mignonnes ! Lutins au fragile soleil ! Misère ! Vous vous élancerez toujours pour moi, gentiment à tourbillons, anges riants au miroir de l’âge, telles en vos ruelles autrefois dès que je fermerai les yeux… " Ferdinand, le prudent toujours fourré dans des situations imprudentes, est à Londres, cette fois, dont l'ambiance est parfaitement rendue ! Les quais, les ruelles, toutes les brumes, les tavernes fréquentées par les marins, losers, macros et autres ivrognes, on y est ! J'aime bien les impressions de Céline vis-à-vis de tout ce qui l'entoure, ça donne des pages incroyables où des parcs, des bâtiments, des individus, des marchandises sur les quais semblent tout droit sortir d'un délire psychédélique, c'est vraiment dingue, on dirait même qu'il n'y a pas assez de place sur les pages pour contenir toute la cohue, les débordements... les géniales envolées céliniennes !

"Je vous raconte tous ces détails parce que discrets aux souvenirs ils pèsent rien sur les années... ils enchantent doucement à la mort, c'est leur avantage (...) Après les maisons ribambelles, après les rues toutes analogues où je vous accompagne gentiment, les murailles s'élèvent... les Entrepôts, les géants remparts tout de briques... Falaises à trésors !... magasins monstres !... greniers fantasmagoriques, citadelles de marchandises, peaux de bouc quarries par montagnes, à puer jusqu'au Kamtchtka !... Forêts d'acajou en mille piles, liées telles asperges, en pyramides, des kilomètres de matériaux !... des tapis à recouvrir la Lune, le monde entier... tous les planchers de l'univers !... Éponges à sécher la Tamise ! de telles quantités ! Des laines à étouffer l'Europe sous monceaux de chaleur choyante... Des harengs à combler les mers ! Des Himalayas de sucre en poudre... Des allumettes à frire les pôles !... Du poivre par énormes avalanches à faire éternuer Sept Déluges !... Mille bateaux d'oignons déversés, à pleurer pendant cinq cent guerres (...) Je vous parle maintenant des confitures, vraiment colossales comme douceur, des Forums de pots de mirabelles, des Océans de houles d'oranges, de tous les côtés ascendants, débordants les toits, par flottes complètes d'Afghanistan !... Les loukoums dorés d'Istanbul, pur sucre, tout en feuilles d'acacias... Chaos, vallons de fruits précieux entreposés sous portes triples, des choix à ne pas croire de saveur, des féeries de Mille et Une Nuits en amphores sucrées ravissantes, des joies pour l'enfance éternelle promise au fond des Écritures, si denses, si ardentes qu'elles en crèvent parfois les murailles, tellement qu'elles sont fortes surpressées, éclatent des tôles, déboulinent jusque dans la rue, cascadent à pleins caniveaux ! en torrents tout suaves et délices !... "

Un livre qui, une fois de plus, comporte son lot de bagarres, d'injures, de portraits déjantés grostesques, haut en couleur - comme on en rencontre que dans les rêves et les cauchemars ! - de situations totalement guignolesques - le roman portant très bien son titre - et son lot de misère, celles des hôpitaux et leurs patients, par exemple. Pour ça il y a de sacrées visions !

"Il y avait des drôles de bouilles, des difficiles d'imaginer comme croulures finies, qui duraient pourtant emmerdeurs des mois et des mois... des années certains, il paraît... qui s'en allaient par portions comme ci comme ça, un jour un oeil, le nez, une couille et puis un bout de rate, un petit doigt, que c'est en somme comme une bataille contre la grande mordure, l'horreur qu'est dedans qui ronge, sans fusil, sans sabre, sans canon, comme ça qu'arrache tout au bonhomme, que ça le décarpille bout par bout, que ça vient de nulle part, d'aucun ciel, qu'un beau jour il existe plus, complètement écorché à vif, débité croustillant d'ulcères, comme ça à petits cris, rouges hoquets, grognement et prières, et supplications bominables. Ave Maria ! Bon Jésus ! Jésous ! comme sanglotent les Anglais à coeur, les natures d'élite."

La fin du livre évoque la rencontre entre Ferdinand, le narrateur, et un certain Hervé Sosthène... genre de type complètement fantasque...

"
HERVÉ SOSTHÈNE DE RODIENCOURT
Prospecteur Agréé des Mines,
Explorateur des Aires Occultes,
Ingénieur Initié.

"Ce nom ne vous dit rien ? Évidemment !... "
Je restai coi...
"Je m'en doutais... Jeune et ignorant !... Tout y est !... L'un rejoint l'autre !... Le Tibet, Monsieur, c'est moi !... Les connaissances du Tibet ? Toutes les connaissances du Tibet ? Là ! vous m'entendez !... elles sont là !"
Il se frappe le front.
(...) "Je vous intéresse ? Ou je vous ennuie ?... Dites-le moi franchement !... Il vous faut des filles sans doute ? Vous n'êtes pas désincarné ? le sortilège des fesses vous poigne ?... La volupté !... Les soupirs !"


Après bien des discussions et révélations, ces deux là, intéressés par une annonce dans le journal, doivent se rendre chez un Colonel, Willesden Green 41... Willesden Mansions...

"Le bus 29 ! le nôtre ! c'est nous ! Hop ! en l'air ! Il se retrousse !... on saute !"

Voilà, c'est là qu'ils me laissent.

Allez, suite au prochain épisode. study



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fred
Myron Bolitar
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MessageSujet: Re: Louis-Ferdinand CÉLINE - Guignol's Band I & II   Jeu 2 Aoû - 10:39

GUIGNOL'S BAND II - Le Pont de Londres

Mon avis : La suite parfaite du premier, avec beaucoup plus de pages cette fois. Je crois que j'ai jamais rien lu de si expérimental, tordu, surréaliste. Incroyable. J'ai surtout lu la nuit, ce qui rendait ma lecture encore plus "illuminée", et il y a des pages, elles le sont ! Le livre recèle beaucoup d'humour noir et de passages bien cradingues comme toujours avec Céline. Des descriptions au microscope toujours, une écriture lancinante qui déforme complètement la réalité ! De la poésie, du vice, de l'amour, de la haine, de la comédie, de l'horreur, tout ça en une effroyable mais irrésistible orgie de mots ! Virginie, la gamine du roman, est là pour apporter la lumière, elle ne dit que quelques phrases courtes de temps en temps, en anglais, et c'est surtout sa présence qui éblouit, elle est une lumière omniprésente pour le narrateur Ferdinand, une source de joie - mais aussi une véritable tentation, une obsession, et donc une source de détresse, et c'est la que le livre peut heurter les âmes sensibles, avec ses doses, brûlantes, de lubricité. Mais elle est avant tout un symbole, celui de l'innocence, de la vie, de la légèreté. Un ange qui retient, j'ai l'impression, l'épée qui pourrait s'abattre sur tous ces personnages pathétiques du guignol's band. D'ailleurs, malgré l'ambiance glauque et immorale de la fin du roman - qui se déroule de nuit dans une sorte de repère de marins, près des docks, sous les bombardements qui illuminent le ciel de Londres - j'étais vraiment content que celle-ci ne se termine pas de façon dramatique, mais plutôt sur une note gaie, à l'aube, quand les lueurs roses pointent à l'horizon à travers les cotons de brume, comme si l'on sortait d'une hallucination et que rien de ce qui s'était déroulé avant n'avait eu lieu.
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Mélusine
Roland
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MessageSujet: Re: Louis-Ferdinand CÉLINE - Guignol's Band I & II   Mar 2 Sep - 12:15

J'ai commencé à lire le premier "tome" et ça devient assez ardu comme lecture. Je comprend mieux pourquoi j'avais eu du mal avec Casse-pipe qui a été écrit après ce premier tome il me semble. Je me demande parfois, au cours de ma lecture, si j'ai bien compris tant les images sont hallucinantes. J'ai l'impression que tout bouge, rien ne reste en place. Ça fait un peu tourner la tête. Et puis tous ces mots d'argot là, faut parfois que je m’octroie des pauses pour que le dico puisse me venir en aide !
J'aime bien quand Céline "dénonce" l'hypocrisie durant la guerre (je ne sais pas vraiment si c'était son but, d'où les guillemets, mais moi je l'ai pris comme ça dans un premier temps) :

"-Ah ! Oui ! elle est terrible cette guerre !..."
Ça le fait soupirer.
"-C'est bien de vrais sauvages ces boches !... Ce matin le Mirror, vous avez vu ? Ces photos ? Cette atrocité ? Comme ils coupent les mains des enfants ?...
Ah ! C'est vrai, Monsieur l'Inspecteur... Tout à fait exact...
- Faut abattre ces brutes Cascade !...
- Oh ! Oui ! Monsieur l'Inspecteur !
- J'irais moi tenez ! si j'étais libre !... Ah ! que je voudrais être libre ! comme vous!... Si j'avais pas mon service !... Ah ! si j'étais libre !..."
Et puis une chiée de soupirs là dessus... la canaille !
"Ah ! moi je suis malade, Monsieur l'Inspecteur ! Vous avez pas vu mon livret ? Pas fort ! Fragile ! Sensible des jambes !...

Il y a des passages qui valent vraiment le détour quand même (comme dans tous les autres livres de Céline que j'ai lu en fait).

Par contre je ne lirai pas la suite de Guignol's band de suite ! Besoin de souffler !

Je retourne à la charge pour quelques extraits, des portraits de cette "bande de guignols", que j'ai particulièrement apprécié :


Titus Van Claben, dit "L'affreux" :
"Je bondis tout près... Vu en pleine face il m'interloque, il est pas croyable !... Comme ça en plein jour ! maquillé!... Un plâtre comme bouille !... ce travail !... pire encore que la Joconde ! et bajoues madame ! et bourrelets ! à la crème ! et à la poudre !... même du rouge à lèvres ! Il me fait un effet fantastique, une terrible berlue, un mirage... il me fascine. Lui aussi me regarde tout contre. Il me dévisage... il papillote... Il recommence avec sa grosse loupe à me scruter..."

Le Dr Clodivitz (dit "Clovis", comme le vase de Soissons ! Laughing ) :
"Passant à fond de train dans les salles, les cinq étages, trois fois par jour, il demandait comment ça allait à la cantonade. Question nez alors ! à pas croire ! un morceau de Polichinelle ! que ça l'entraînait en avant ! Il penchait partout, sur tout, myope comme trente-six taupes, ses gros yeux en boule roulant dessous ses lunettes. dès qu'il se mettait à discuter, tout ça lui tremblait en cadence en même temps que les mots, nerveux de nature, ses oreilles aussi elles bougeaient, décollées, évasées, des ailes à supporter sa tête, mais grises alors, des chauves souris. Il était vraiment bien vilain. Il faisait peur à certains malades... mais un aimable sourire, ah ! il faut reconnaitre
!"


(Je voudrais quand même tirer mon chapeau à Fred qui nous pond des critiques aux petits oignons. Il n'a pas besoin d'écrire cents pages pour qu'on puisse se rendre compte que Céline, il l'a dans la peau ! Sa critique de Guignol's band, reflète vraiment ce que je ressens pour l'instant mais je n'aurais jamais pu être aussi juste dans ma critique. )
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Nono
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MessageSujet: Re: Louis-Ferdinand CÉLINE - Guignol's Band I & II   Mar 2 Sep - 19:41

Je te rejoins sur les avis de Fred ! Il me laisse sans voix à chaque fois et j'ai souvent honte de sortir un énième "ça m'intéresse" en réponse à son message... Rolling Eyes Mais tu n'as pas grand chose à lui envier, tes chroniques valent aussi leur détour ;)

_________________
La Roue du temps tourne, les Eres se succèdent, laissant des souvenirs qui deviennent légendes. La légende se fond en mythe, et même le mythe est depuis longtemps oublié quand revient l'Ere qui lui a donné naissance.
(Robert Jordan)

La vie est une roue, son seul boulot c'est de tourner, et elle revient toujours à son point de départ.
(Stephen King)
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fred
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MessageSujet: Re: Louis-Ferdinand CÉLINE - Guignol's Band I & II   Mar 2 Sep - 21:41

Nono a écrit:
Mais tu n'as pas grand chose à lui envier, tes chroniques valent aussi leur détour ;)

Exact ! ;) Tu ajoutes des détails, des extraits, et tu livres des impressions qui rejoignent les miennes, qui confirment ce que j'avais moi-même ressenti. En te lisant je reconnais bien la lectrice passionnée avec qui j'ai tant partagé. Tu fais partie de ceux qui ont capté le style et l'univers de Ferdinand. ;)
Tu as raison pour l'hypocrisie, ceux qui sont pour la guerre mais qui trouvent toujours des excuses pour ne pas aller sur le front, et ceux qui refusent de la faire mais sont obligés de servir de saucisson de bataille. L'action se déroule en 1917. Dans l'extrait que tu as cité, je pense qu'il s'agit aussi de se moquer de la propagande : les allemands n'ont jamais coupé les mains des enfants. Tout ça sert à montrer toute la bêtise de la guerre. Céline ou l'art de l'ironie. ;)
J'avais oublié les descriptions ! "Passant à fond de train dans les salles, les cinq étages, trois fois par jour, il demandait comment ça allait à la cantonade. Question nez alors ! à pas croire ! un morceau de Polichinelle ! que ça l'entraînait en avant ! Il penchait partout, sur tout, myope comme trente-six taupes, ses gros yeux en boule roulant dessous ses lunettes. dès qu'il se mettait à discuter, tout ça lui tremblait en cadence en même temps que les mots, nerveux de nature, ses oreilles aussi elles bougeaient, décollées, évasées, des ailes à supporter sa tête, mais grises alors, des chauves souris. Il était vraiment bien vilain. Il faisait peur à certains malades... mais un aimable sourire, ah ! il faut reconnaître !"

Que c'est bon. J'ai bien ri. Surtout connaissant bien le "ton" sur lequel tout ça est dit !

Mélusine a écrit:
J'ai l'impression que tout bouge, rien ne reste en place.

T'as vu ça ? En fait, il faudrait presque courir en lisant Guignol's Band Surprised

Mélusine a écrit:
Je me demande parfois, au cours de ma lecture, si j'ai bien compris tant les images sont hallucinantes.

Je ne sais pas si tu fais allusion à la scène qui se déroule chez l'espèce de boutiquier avec sa femme, chez qui Ferdinand et Boro (ou Cascade, je sais plus) vont fumer, et où tout tourne à l'irréel, au mauvais trip...

Spoiler:
 

Enfin voilà. Tu as raison fais une pause. La suite comme tu peux le constater est un petit pavé. Mais tu verras, Sosthène est pire que Courtial ! Y'a de la rigolade et du gros délire en perspective. Tu verras, tu liras pas ce genre de trucs ailleurs ! Smile
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Mélusine
Roland
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MessageSujet: Re: Louis-Ferdinand CÉLINE - Guignol's Band I & II   Mer 3 Sep - 11:07

Vous êtes gentils ! Ben je n'ai pas encore fini le tome 1, je n'en suis qu'à la moitié ! Ce sont certains passages qui sont hallucinants, tant ça devient un bordel monstre ! Les scènes de bagarres sont loufoques, bizarres, étonnantes... Et  certaines descriptions de personnages sont impossibles  Laughing C'est sûr que pour le moment il n'y a rien de psychédélique (comme dans Mort à Crédit, quand Ferdinand est malade et qu'il se tape un cauchemar pareil à un bad trip de qualité. Ça confinait vraiment au délire là) mais ça risque de l'être quand je vais lire le passage que tu cites !
Je suis bien pressée de connaitre ce Sosthène alors. J'ai tellement adoré Courtial... Personnage inoubliable ! Ça risque de donner. Smile
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